Le Dr Monika Böning est physicienne et dirige le reporting mondial de durabilité dans les RH chez Bosch. Son travail quotidien tourne autour des KPI, des normes internationales de reporting et, tout aussi passionnément, des mémoires d’étudiants. « Je vois ça comme une collaboration intergénérationnelle. Les étudiants pourraient tous être mes enfants », dit-elle en riant. Une plaisanterie, oui, mais avec un sérieux sous-jacent.
Pourquoi Monika encadre des mémoires
« Honnêtement, je le fais parce que j’aime ça », explique Böning. Experte en reporting de durabilité, elle encadre régulièrement des mémoires — en particulier en ressources humaines et durabilité sociale. Mais sa motivation va plus loin : elle y voit une occasion de partager des connaissances, d’explorer ensemble des questions complexes et d’apprendre elle-même quelque chose de nouveau. « Les étudiants posent souvent des questions auxquelles je n’aurais pas pensé. »
Elle collabore depuis des années avec des universités, notamment la Cooperative State University of Baden-Württemberg. Pour elle, l’encadrement n’est pas une faveur — c’est un partenariat.
« Quand j’attribue un sujet, c’est parce que je veux aussi apprendre quelque chose. »
Elle est continuellement inspirée par le regard neuf des étudiants : littérature récente, nouveaux angles conceptuels et parfois des vérités inconfortables. Les étudiants en retirent des avantages — des sujets appliqués, des retours directs et un public clairement défini pour leur recherche.
D’après ces expériences, Böning partage quatre recommandations pratiques — pour les entreprises, les universités et les étudiants.
1. Une question de recherche qui apporte de la valeur des deux côtés
Le choix de la question de recherche est central. « Il faut que ce soit quelque chose qui m’intrigue vraiment … un sujet que je n’aurais pas les ressources d’explorer autrement. »
Elle qualifie ces sujets de « sujets de luxe » : pas urgents dans le quotidien, mais riches de potentiel. Un exemple récent : un mémoire de Master sur le positionnement stratégique de la durabilité sociale, co-encadré avec ESB Reutlingen. « Il s’agissait de benchmarks, de systèmes d’objectifs, de KPI — et de la manière dont des entreprises spécifiques se situent réellement en comparaison. » Une étude empirique utile à la fois pour Bosch et pour le monde académique.
2. Harmonisation du trio dès le départ
Böning souligne l’importance d’une collaboration étroite entre l’entreprise, l’université et l’étudiant. « Il faut un vrai dialogue à trois voix. Toutes les parties doivent se réunir au début, aligner les attentes et — idéalement — les documenter. »
Selon elle, l’encadrement se déroule en phases : d’abord une discussion approfondie de la question de recherche, puis une phase de travail indépendante. Des points de contrôle ont lieu typiquement toutes les deux à trois semaines. « Les étudiants restent aux commandes. Nous définissons les garde-fous, mais c’est eux qui doivent parcourir le chemin. »
3. Transparence sur les attentes et les limites
Un autre facteur clé de réussite : « Des attentes claires. » Les étudiants doivent comprendre ce qui est faisable — par exemple l’accès aux données internes ou le réalisme d’entretiens avec la direction. « Certains étudiants veulent parler au conseil d’administration — une belle idée, mais rarement réaliste. »
Il est aussi essentiel de différencier mémoire et activité de job étudiant : « Un mémoire est un projet académique à temps plein. Si quelqu’un a en parallèle un emploi, c’est un engagement différent et cela doit être séparé. » Au final, il s’agit d’équité — aussi par rapport aux autres étudiants.
4. L’appropriation du mémoire
Le travail académique doit être réalisé de manière autonome. « Nous fixons le cadre — mais les étudiants empruntent le chemin. » Les entreprises fournissent un cadre, pas du coaching. Et c’est là que se trouve l’opportunité : prendre des responsabilités. Pour Böning, l’autonomie est à la fois une exigence et une chance de développement :
« Ce n’est que lorsque les étudiants co-pilotent le processus qu’ils prennent des décisions, s’auto-organisent et grandissent en chemin. » Elle résume : « C’est la seule manière de produire un mémoire qui réponde aux exigences académiques et pratiques. »
Connexion avec les RH : Nico Elsässer sur l’employer branding
Pour Nico Elsässer, expert Candidate & Employee Journey chez Bosch, les mémoires ont une valeur stratégique : « Ce sont une fenêtre dans les deux sens. Les étudiants apprennent comment nous travaillons et nous apprenons comment ils pensent. »
Dans l’employer branding, il voit la collaboration sur les mémoires comme un outil pour identifier les talents tôt « mais seulement si c’est une collaboration à égalité. L’entreprise ne peut pas écrire le mémoire à leur place. »
Il souligne également l’importance de l’harmonisation du trio : « Les meilleurs projets commencent par un briefing partagé. Tout le reste crée des frictions. »
Conclusion : apprendre sur un pied d’égalité
Böning voit un grand potentiel dans des plateformes comme Studyond : « Pour les étudiants, c’est une aide précieuse pour trouver orientation et contacts. Cela facilite le matching — surtout pour ceux qui n’ont pas de réseau professionnel. » Et pour les entreprises, ces plateformes sont intéressantes « tant qu’il y a un vrai dialogue et pas juste un dépôt de sujets. »
La conclusion de Böning est aussi pragmatique qu’inspirante : « Si les trois parties sont satisfaites — université, entreprise, étudiant — c’était une réussite. » Ce qui compte le plus : ouverture, communication et respect mutuel.
Et peut-être un peu de calme. À la question des compétences d’avenir dont les étudiants ont vraiment besoin, elle répond simplement : « Fais ce qui te rend heureux. Si tu es motivé, tu apprendras tout le reste en chemin. »